Blog de Cnash

09/11/2012 18:12

1975 La couleur du manque à Paris

tags : Manque, desintox, sevrage, marmottan

[Entrée mise à jour le : 31/01/2014] [Entrée mise à jour le : 22/01/2014] [Entrée mise à jour le : 22/01/2014] [Entrée mise à jour le : 20/03/2013] [Entrée mise à jour le : 20/03/2013] [Entrée mise à jour le : 20/03/2013] 1975 Ma première cure de désintox - Hôpital Marmottan (Paris XVII ième) Petites modifications éditoriales pour corriger des fautes - Essayer de mieux coller à la réalité. Mais 1975 Il y aura bientot 40 ans!!! J'en ferai quelques autres

 Une histoire de manque à Paris   



1975 Ma première cure de désintox - Hôpital Marmottan (Paris XVII ième)

 « …Je m’souviens ma mère disait
   T'en vas pas chez les filles
   Fais donc pas tout c’qui te plaît
   Dans les prisons y'a des grilles
   Je m’ souviens ma mère disait
   Et je suis aux galères …
.

….. »                                                                                                                                                                                                                                                                                  
 A ma mère. Elle  adorait cette chanson ….
Mam’ partie envolée morte –  Nuit d’hiver 2002 à l’hôpital Saint Louis. Elle avait si peur de mourir et Il nous fallut insister lourdement pour qu’on lui « passe » un peu de morphine.


De quelles couleurs sont tes rêves ?

Le flic pose toujours la même question.
De quelles couleurs sont tes rêves ?
De quelles couleurs ? je n’en sais rien
J'ai passé la nuit dans une chambre froide - Ils sont venus me chercher le matin.
Le flic m'a offert un Cognac qui m'a réchauffé le corps, une sensation de   chaleur, de sécurité qui a  attisé ma haine et m’a donné envie vivre. Ensuite une gifle pas trop forte juste pour attirer mon regard.
- De quelles couleurs sont tes rêves ? a répété le policier.
La femme entrevue a les mains attachée
- Elle se balance la tête en bas. Arrimée a un crocs de boucher.  Elle a été torturée à mort. Le corps a été travaillé à la hache. Elle pisse le sang L’odeur si particulière des boucheries et de la viande crue. L’odeur De la mort. Quand on a vu l’enfer, on se croit blasé ;
Au contraire j’avais peur. Être en manque est un état de grande détresse ou tu es particulièrement vulnérable.
Je me dégoutte d’être si faible.
Je crache sur le flic. Je te dirai rien connard. J’ai juste besoin d’un peu de poudre. Juste un drogué malade. Je m’apitoie trop facilement sur moi même. Quand je pleure mes larmes sont bien réelles. Je crois que j’aime pleurer. J’y prends un plaisir pervers.  Pleurer est un exorcisme païen.
Je suis un fétichiste des larmes.     

- De quelles couleurs sont tes rêves ?
 
J'essaye de graver le souvenir de ce visage.
Ne jamais oublier que tu es un drogué. Tu n’as aucun secret à révéler.
Je reçois une gifle a toute volée - Un peu de sang. Ce n’est rien. Une dent a sauté.
– De quelles couleurs ? Je ne sais pas.
Me souvenir de ce visage - un jour viendra je te tuerai.
Une autre gifle me réveille.
Le manque est comme une seconde peau.  Douleurs humiliation. Résignation. Honte. Colère. Envie de croire en dieu. Remettre ma vie entre ses mains. Rédemption. Qu’il me console, qu’il efface mes larmes.  La religion juive me semblait trop dure. J’étais plus attiré par le martyr. Jésus en images d’Épinal. Le chemin de croix sous les cris de haine. Les coups de fouet en technicolor. Jérusalem occupé par les Romains. Ponce Pilate qui se lave les mains. Juda qui se pend pour trente deniers. Le dernier repas.  Le dernier fixe avant la crise de manque.


The backtrack : Samoens, Haute savoie

Je cours dans un champ. Je cours sur des morceaux de verre. La voiture est dans un fossé.  Je traverse un chemin goudronné  de noir. Il fait chaud et lourd.  Le goudron est mou. Il brule et colle aux pieds.   
L’orage gronde.  Au premier coup  de tonnerre,  un groupe d’oiseaux s’éparpille. Un éclair déchire ce qui reste de ciel.
Je m’entends hurler de très loin.
D’un coup je me retourne. L’herbe est rouge sang.   
On doit être en 1974.


J’arrive pas à recoller les morceaux

 
Les drogues se mélangent.
D’abord dans la seringue puis dans une explosion de nuages toxiques, de rêves et de souvenirs tous différents..  
Et je rêve  je rêve je rêve  
Toujours cette question et je dois trouver une réponse
- De quelles couleurs sont tes rêves ?
Bleu.  Mais le ciel tourne au blanc sous les fortes chaleurs.
Se teinte de gris en novembre à Paris. Les ciels "turquoise" ou "violet" - terminé fallait que j’y renonce.  
Je m’entraînais à ne pas réfléchir aux conséquences de mes actes. J'étais mauvais à ce jeu.
Je n’avais pas envie de mourir. J’avais le sommeil agité. Il ne m’apportait ni repos ni trêves ni répit.
– Pas de partitions. Aucune pause. Guerre totale.
Ce n’est pas automatique ni  donné a tout le monde de zapper les conséquences de certains « choix» de vie. Des choix dangereux dès le premier fixe. La toute première injection d’héroïne.
L’aiguille dans ta veine,  le sang qui monte dans le piston.
Parfois Je stoppe à 2 cm du flash.  Je pense à la fin.   Vas-y chiche !  Avec le recul, ce ne fut ni facile ni spontané de tout envoyer promener.
Je ne sais pas ce qui m’a pris.
Je n’ai jamais su.

... 1975 La couleur du manque à Paris

Cette année là, j’aurais aimé qu’elle n’ait  jamais existé. Paris est comme vide d' héroïne. Il a neigé. J’ai froid. Trop de repas sautés. Epuisé à  26 ans. Il m’arrive de tomber si je ne fais pas attention.
 Froid. Je suis gelé. Et après j’ai chaud –trop chaud Les murs se resserrent jusqu’à l’explosion de douleur. Éteindre cette fièvre qui palpite et me brule le sang. Tes nuits empoisonnées - tes nuits blanches - tes nuits de feux empoisonnées. Pas le temps d'avoir un chagrin d'amour.
Ces nuits où tu brules de froid.
Tes ballades sauvages - stop - terminé. Dans tes veines plus rien ne cavale. Ton sang est immobile,  figé. L’odeur acide du manque te colle à la peau. Tes poumons éclatent, ne filtrent  plus l’oxygène.
Tu as si mal - il n’y a pas mots pour décrire la douleur du manque. Chaque neurone diffuse un plus de douleur. Le mal de ventre te plie en deux. Allongé c’est encore pire. Tu penses à ces cages sous Louis XI ou on ne pouvait se tenir ni debout ni allongé. Ni assis. Tu as la fièvre. Tu étouffes. Tu as le nez qui coule, des crampes, des diarrhées permanentes.
Tu voudrais mourir mais pour de faux.
Tu pourrais écrire mille pages sur le manque.
Un petit shoot et te voilà de retour dans le monde des gens « normaux ».  Sauf que tu ne portes jamais de T-shirts ni de chemises a manches courtes.
Le manque ?
Je ne voulais jamais plus me retrouver comme ca !
Plus  de fric et « Paris vide d’héroïne ». Tu vends des fringues des disques, ta chaine hifi, des blousons « sports »  etc., Tu apprends que le collier de ta mère est en en fausses perles - un bijou « fantaisie ». Tu passes des coups de fils – Personne.  Tu laisses sonner pendant des heures.  
Tu déverses ta rage sur des répondeurs.
Coupable de quoi ?
Courage – haine- trahison- désir- douleur- désespoir. Terreurs nocturnes. Donner des coups de poings  dans les murs ne sert à rien.
Tu as la rage.  Tu craches du sang.
Des fois tu remonte le temps jusqu’aux premiers shoots, il n’y a pas si longtemps. Pas de regrets. J’étais déjà mort avant de tester le speed ou l’heroine.
Tu en veux au monde entier d’avoir créé l’opium et l’héroïne et de les avoir déclarés « hors la loi ». 
Et toi aussi tu es hors la loi.
Prison barreaux gardiens tu fais le serment de ne jamais te faire prendre.
Rewind :  Tu te revois au cœur de l’orage. La foudre ne tombe jamais deux fois au même endroit  - Tu es suspendu dans le vide. Tu es une feuille d’arbre qui tombe au gré du vent. Tu n'as jamais été aussi léger. En dépit des crampes des nausées. Le nez qui coule en permanence.
Un vide que seule l’héroïne peut combler.
Rewind : La scène de crime : une chambre, des bougies, une odeur d’encens, un robe de fille au tissu imprimé, le parfum d’un passé révolu : La fin de l’innocence.    
C’était quand la dernière fois que tu es passée? Mes souvenirs en lambeaux, des nuages disloqués dans un ciel de novembre. Un petit soleil blême me suit partout.
Et toi oui petite  -  Tu as bien fait de te tirer.
Depuis ton départ le prix de la blanche a doublé.
C’est un de ces soirs ou j’ai un peu de dope. Ça ne dure jamais longtemps. Le manque ne me lâche pas . IL me serre de près. Tu allumes une cigarette. Elle  donne la nausée. Tu dégueules de la bile.
A quand remonte ton dernier repas ?
Tu en veux à la drogue.  
Entre vous ça n’a jamais été une histoire d’amour. Tu ne lui parles pas. Elle n’existe pas en tant que personne humaine avec un cœur qui bat.  Vous n’avez jamais eu  l’ombre d’une discussion.
La drogue est muette – La drogue vient d’une autre planète.
Beaucoup de rendez vous manqués et pas un seul vrai baiser. La drogue et toi c’est juste un produit et une sensation.
Pas une relation intime ni amicale. Encore moins amoureuse L’héroïne ne t'embrasse jamais sur la bouche mais elle sait te cajoler. Tu n'as plus à te mentir. Tu as le dos au mur. Et ce mur n'existe que dans ta tête.

Les oiseaux sont tous noirs

Et les ronds tous carrés.
Tu as de plus en plus mal  - La douleur te vieillit de 20 ans.  En manque les traits du visage se relâchent des rides apparaissent ca et la.
Un shoot d’héroïne  redresse, efface ces stigmates de vieillissement.
C’est impressionnant - Il te faut de plus en plus d’héroïne. A Paris tu cours après les dealers.  Ceux que tu connais et les tous les autres,  un vague pseudo,  un numéro de téléphone, un café-tabac qui fait dans la vente au détail, une cité à Clichy sous bois ou un appartement cossu rue de Rome à Paris. Le manque a envahi Paris et sa banlieue.   
Tu fais des kms en bagnole – Trop -   Tu grilles un stop à 150 mètres de chez toi. –  Tu te réveilles à l’hôpital.  Tu les supplies te filer un peu de morphine.   
 - Il ne faut vous en prendre qu’à vous, te balance une infirmière vêtue de noir les yeux teintés de sang.
Est –elle morte ?  Tu voudrais marcher sur sa tombe.
Tu voudrais mourir et tu voudrais vivre. Tu regardes le film de ta vie. Tu y croises l’amour et la mort. Tu assistes à ton enterrement.  Mourir c’est donc ca ?
Tu vois ton corps pourrir dans un cercueil.
Tu essayes d’ouvrir une boite de Nembutal. Les mains tremblent. Les  gélules se dispersent. Tu y vois d’étranges dessins. La vie la mort la fin : Le visage du manque ?
Au matin les gélules ont disparu. Tu n’es pas surpris. Des oiseaux noirs sont venus les prendre.
Le gout du sang arrive brutalement.
Tu en as dans la bouche. Tu t’es mordu la langue.
Tu as du crier fort.    
C’est la nuit. A peine une  heure du matin - bruits de pas au RDC. Tu sombres dans un délire comateux. Tu ne distingues plus les rêves de la réalité.
Et toujours la même question implacable :
- De quelles couleurs sont tes rêves ?
Le manque ?  Suffisait de demander ! Le manque se rêve en noir et blanc.
Pas d’autres questions.   

Décrocher ?


Le coup de grâce à plus 10 000 francs


1975 Jico Phil et moi on se fait arnaquer à Dam pour 10 000 francs. De la came  «bidon».  10 000 francs de « rien ». Dix mille francs !  Ta paye du mois. Le reste en vendant des « trucs ». Jico et Phil  au chômage de l’héroïne, arrivent aussi a trouver du fric. Faux empreints, vols dans un sac à main, vente d’une voiture volée ou empruntée  etc. La sœur de Phil, une gamine de 16 ans, réussit a nous trouver 1000 francs. Je ne lui demande pas comment.
Tout ça pour quedal !  
On se shoote ! C’est pas terrible et c’est dangereux mais on en crève pas. 
C’est du «rien» mais du pas dangereux. 
On n’en revient pas d’avoir été bluffés.  
Ne faire  confiance à personne. Manipuler mentir tricher voler etc. Avec l’héroïne c’est une nécessité. On peut aussi appeler ca « assumer  sa conso ».
C’est plus light.  Politiquement correct Tu n'assumes rien..  
Jico était amoureux (Ah lui) - Phil, stoïque, attendait que ça se passe chez ses parents du coté de Sevran 2000.

Pas question pour moi ! Fallait que je trouve une solution
.

Même provisoire. Même courte.
J’en avais plus que marre.
Je voulais me casser.
Pas forcement décrocher.
Appuyer sur la touche « pause » et trouver un endroit ou je pourrais évacuer toute cette douleur, cette rage cette violence !

Clinique de NT. Dans le 94.


Mes parents, ont essayé de me « placer » dans une clinique privée à N. 94. Une clinique psy pour dépressifs grave. J’ai tout de suite vu que cet endroit n’était pas fait pour moi. Une clinique au luxe prétentieux, factice – Et comme dans n’importe quel hôpital ça sent la mort, l’éther et les déjections. Ambiance maison de retraite pour zombies. Heureusement j’étais majeur et vacciné.   
- Pas un seul toxico ! Mes parents me l'ont confirmé. Trop contents d’avoir trouvé cet endroit pourri .
- On veut te couper de ce milieu ! Si tu es avec d’autres « drogués »  tu vas te faire des mauvaises relations!  J’y comptais  bien -  sales cons !
Ils ne voulaient pas m’accepter – ça faisait tache dans la famille.  
Dépressif OK. Mais pas encore un vrai dépressif chronique.
Juste un drogué en manque.
 
Ou aller ?

Marmottan ? « Ca n’avait rien d’exceptionnel »…
1975 probablement.  Ma toute première cure



Les stups


Les stups haïssaient cet endroit ou ils ne pouvaient pénétrer. Cet endroit magique ou filles et garçons étaient mélangés. Vrai que c’était de la folie.
Les chambres ne fermaient pas à clé. Tu pouvais donc entrer dans n'importe laquelle et n'importe qui pouvait entrer dans la tienne. Certains jours c'était fatigant mais parfois ce fut excitant.
Les stups planquaient en bas. Pas rue d’Armaillé mais à moins de 100 mètres et ce malgré les coups de fils répétés d’Ollivenstein et du reste du personnel ulcéré.  

Juste un drogué.

J’ai donc été consulter un psy à l’hôpital Marmottan (Paris)
Pourquoi Marmottan? A Paris la seule structure gratuite ouverte et athée.
Mon généraliste de l’époque (docteur J. G. 93) était de la même «promo» qu’Ollivenstein. Il le connaissait vaguement. Il m’a fait une courte lettre adressée au Dr Claude Ollivenstein (O). L’enveloppe n’était pas scellée. Ça commençait par « Mon Cher Claude…Je vous envoie M. ClodbX,  toxicomane à l’héroïne et aux amphétamines  …. qui veut faire un bilan une pause … un sevrage… bla bla bla ».
Un matin je me suis lancé. Un petit fixe pour la route. Il fallait descendre à « Sablon » sur la ligne 1 du Metro. L’accueil se trouvait au premier étage (ca n’a pas changé). Je me suis présenté et j’ai filé la lettre pour O.  Il régnait un joyeux désordre au secrétariat. Une secrétaire a lu la lettre. Elle a souri et l’a passée a des infirmiers ou à des psys. Ils ont souri et m’ont demandé de sortir pour discuter entre eux.  
- Moins de cinq minutes m’ont-ils promis. J’avais tout mon temps.  
Ensuite la secrétaire m’a demandé si cela me dérangeait d’être suivi par un autre psychiatre.
-    Ollivenstein est tellement pris !
Ca me gênait pas de voir un autre psychiatre.
Plein de trucs me gênaient dans cette vie mais je ne faisais pas de fixettes sur les psys. J’ai regardé la secrétaire dans les yeux. Elle m’a rendu mon regard  avec en prime « pauvre mec » ou « tu vas en baver » ou « si on allait faire un tour ».
Beaucoup trop d’options.  
J’ai baissé les yeux.
Mon regard provoquait parfois une réaction. Rarement celle que j’escomptais.
Je ne sais pas ce que je cherchais. Des fois- rarement -  je pouvais casser l’ambiance d’un regard. J’adorais ça.  


Olliv. Le dr O. Claude Ollivenstein

 
Claude Ollivenstein -  le Dr O,  avait eu droit à une page dans le magazine «Actuel » et j’avais vu sa tête à la TV. Je l’ai croisé dans les couloirs. Un homme fatigué désabusé. Dans les vapes. Largué. Mais ce n’était pas à cause des drogues.   Raison de plus pour être sur mes gardes. Un psy lambda m’irait très bien. Je préférais en voir un jeune, encore plein d’illusions.
Le dr O est venu me voir une seule fois pendant la cure. On a discuté 10 minutes maxi. IL a cassé net - cric-crac- l’idée de partir en Israël.
- Vous y trouverez de d’héroïne aussi facilement qu’à Paris.
Là il exagérait. A Paris c’était devenu hyper dur !  Et je ne comptais pas en en prendre en Israël.
Et.
-Vos problèmes vous les retrouverez au bout du  monde !
Je connaissais cet argument. Paris, la banlieue J’en pouvais plus.
Le Dr O : Un homme en colère et sans illusions. On avait au moins « ça » en commun.
Je ne savais pas encore ou se trouvait Israël. Le bout du monde ça ne me disait rien. L’enfer  j’y avais déjà été. Je connaissais le chemin.  

La salle d’attente
 
Je fumais cigarette sur cigarette. L’odeur du tabac froid imprégnait mes vêtements. La salle d’attente bondée était au RDC. Des mecs et des filles serrés sur un divan troué de brulures de cigarettes, ou assis – écroulés - sur des chaises en bois très scolaires.  Tout le monde fumait.   Des regards flous,  éteints et qui  ne se parlaient pas. Un silence lourd  oppressant.   J’ai capté de rares sourires complices. J’ai vite détourné les yeux. On savait tous pourquoi on était là. Des vieux routards à bout de course ?  J’ai pensé.   Un des types m’a accosté. Il avait une boucle d’oreille dorée et un point rouge entre les deux yeux. Il voulait savoir si j’en avais. Non - J’en avais pas !
Ce type me faisait flipper.  Un  sourire dément ou pervers. 
Charles Manson en visite éclair à Paris ? Non Manson n’avait pas de point rouge entre les yeux.
Il insistait.
- Allez-toi !  Je suis sur que t’en as.  
– Non vraiment j’ai rien. Lache moi STP.
J’ai  changé de place.   
Clair j’étais parano.   Énerve impatient je ne tenais pas en place. Je suis sorti plusieurs fois. J’ai  faillit me tirer.
Je ne voulais surtout pas m’avouer que j’étais pareil que lui et que tous les autres entassés sur ce divan. Esquinté grave. Maigre. Blanc. Couleur mort.
Quand quelqu’un est venu me chercher, Je fumais une Camel dans la rue.  J’avais les mains glacées Un vrai temps de pneumonie.       

Dans le cabinet du Dr X.

X était un jeune Interne rassurant et chaleureux. On sentait qu’il avait vraiment envie de t’aider.  IL m’a posé des questions simples. Est-ce que je  travaillais ?
Oui et non : j’étais en arrêt longue maladie
Depuis combien de temps ? Quelles drogues ? Comment ? En injection IV ?
Est que j’avais fait des OD ? Est que j’avais été malade ? Est-ce que je trouvais des seringues facilement ?  Oui sans problèmes.
J’ai été assez franc avec lui.
Cartes sur tables ? Non. Pourquoi  lui dire que j’avais un  peu de brown et de speed. (En réserve. Bien planqués). Vide ne voulait jamais dire vide. Pas pour moi en tout cas.  Pas en 1975. Je lui ai exposé la situation en ajoutant que je préférais être en manque avec un « traitement ».
-     Même léger ? m’a t-il demandé et il m’a parlé de « sevrage ».
« Sevrage » ? Le mot sonnait bien.  J’ai pensé à des chatons et à un bol de lait chaud.
Leger ?  Je n’imaginais pas a quel point ca allait être léger.    
 Ca n’avait pas l’air si terrible
Je savais que je n’aurais pas d’opiacés. Mais ca restait de la théorie.  Le manque je connaissais. Mais jamais une semaine de suite.   
Je ne savais pas que je mettais les pieds chez les mormons.
Au pays des grands malades ascétiques et maso qui vénèrent Shiva ou Gandhi.
Je parle de ces psys qui vouent un culte à la douleur. Celle des drogués en manque. J’ai bien  précisé au toubib que c’était une sorte de test. Je voulais juste faire une pause. L’heroine n’était plus dans mes moyens. Et à Paris y en avait quasiment plus.
Je lui ai rien appris c’était pas un scoop. Cette année là Marmottan ne désemplissait pas.
- Marmottan n’est pas une maison de repos,  a précisé  X.  
Il avait  raison.
Pourtant je ne le croyais pas. Je préférais croire ce qui m’arrangeait. Me mentir quelle importance ? Me contredire je m’en foutais. Les contradictions se suivaient sans aucune logique sur le fil  « vrais mensonges ».   
Je ne comptais pas arrêter la drogue si jeune. Non.
J’étais encore en trop bonne santé !


Dr X Cinq ou 6 fois !   

X m’a conseillé de baisser un maximum les doses. Comment je pouvais baisser des doses déjà si faibles? Je pensais que j’étais « presque pas » en manque.
Sauf que  « Presque pas » ne veut rien dire Tu l’es ou pas.
En fait, pour simplifier, j’étais en manque un jour sur deux. J’arrivais encore  à me procurer à l’arraché un peu de brown. Un quart de gramme par ci et un demi gramme les jours de chance et des fois « Rien ».  Très peu. Des vieux cotons. Les cotons c’est dangereux une solution à prohiber. Poussières infections diverses. Sauf que quand tu es en manque tu réfléchis pas.
Le Brown  se raréfiait vite lui aussi. Et j’etais à court niveau tunes.
J’en avais marre de courir après les dealers d’attendre pour rien pendant des heures.
Les stups avaient frappé fort.
…X m’a promis qu’en cas de gros problèmes je pourrais avoir  du Fortal en intra- musculaire. Il m’a convaincu de la faire cette cure,  pourtant je lui ai bien précisé que je ne comptais pas m’arrêter.
On s’est mis d’accord pour une date. La durée « standard » d’hospitalisation tournait autours d’une  semaine à dix jours.  Le temps d’attente était environ 3- 4  semaines, un peu plus cette année là, pour une « première » hospitalisation J’ai revu X cinq ou 6 fois avant d’entrer.
Des fois j’étais légèrement défoncé. Des fois j’y allais en manque. Je n’arrêtais pas de renifler. Dans les couloirs du métro, les gens s’écartaient sur mon passage.

La préparation


J’écoutais «Season of the witch» par Donovan.  J’ai fais mon sac fébrilement. J’avais l’impression de partir aux Indes. A la réflexion pas si loin mais déjà me casser de chez moi ouf !
Le sac contenait une cartouche de cigarettes, une plaque de chocolat, un gros paquet de « Haribo » le minimum vital quoi.
Cette drôle de guerre qui consistait à prendre de la drogue sans se faire piquer par les flics, devenait épuisante.   – Au premier « Run run run » je crachais mes poumons –. J’en avais marre des longs couloirs de velours souterrains.   J’étais à bout de forces et à bout de nerfs.  
Le sac ?  J’ai pris une brosse à dents.  Je ne comptais pas me laver les dents.  
Faire le sac a duré plus longtemps que prévu. Je mettais des choses ( T-shirts, cendrier, etc.) et j’en  retirais (pull, petit livre de «poèmes»).
Jean -  j’en avais qu’un de mettable. Tant mieux! Ça aidait. J’ai aussi pris Timy    Un petit ours de 10 cm qui allait passer une très mauvaise cure. Un vieux col roulé. Et hop ! bouclé/plié.   
J’aurais du dire au psy que je prenais encore du speed.
J’ai du boucler mon sac vers minuit. Un minus fixe d’héro et j’ai essayé de dormir. Sans succès.
Heureusement Timy et moi on a causé un peu.  
De filles je crois. (Quoi d’autre sinon?)

Jouer le jeu suivre les règles.  
     
Je voulais jouer le jeu : pas de médicaments personnels. Pas de drogues.  Je suis venu sans rien. Pas de plaquettes de néo –codion dans mes tennis. J’ai vu des mecs faire ca !  Contre l’heroine  le Neocod ne fait pas le poids.
Et à quoi bon faire une cure ?
Je voyais ca comme une pause un répit  et peut être une porte vers une sortie de l’héroïne….   Je ne me faisais pas d’illusions. La drogue avait pris toute la place de mon espace vital.
« La première cure »,   j’en attendais rien ou beaucoup trop.
Je voulais vraiment tester  « sevrage sans opiacés avec soutient psychologique ». Mais comme j’aurais testé une nouvelle drogue.
Je revois mes deux copains de défonce  pliés de rire. Phil et Jico.
-  Clodb il n’ya que toi pour essayer ces galères de désintox !
Mes copains mes deux seuls amis. Je n’aurais accepté de personne d’autre une remarque de ce genre.

Jour J

Je me fais un dernier fixe 2 heures avant d’entrer. Je me méfiais surtout des habitués du speed. Parfois violents. Toujours imprévisibles. En fait ca se passe bien.
Les gens violents sont  vite – très vite- débarqués.      

Le traitement et l’isolement : des limites de la confidentialité


Pas de morphiniques,  même agonistes même communistes.
Vide sanitaire. Pas de visites - pas de téléphone.  Tu es coupé du monde. Déconnecté. Impossible de joindre ton dealer. A l’époque Marmottan assurait une confidentialité totale. Un endroit 100%  étanche. La sélection s’opérait lors des entretiens préalables avec les psys. Il fallait montrer « patte blanche », fournir ta carte d’identité etc.  
Sérieusement  si il y avait eu des problèmes graves (suicides, gros traffics, OD) la presse » en aurait eu vent. Et Marmottan aurait vite du fermer.  
Est qu’ils faisaient des prises de sang pour vérifier que tu étais vraiment le drogué que tu prétendais être ?
Aucun souvenir clair. Je me rappelle de prise de sang mais c’était pour faire un bilan classique. Détecter anémie, hépatite ( mst ?)
Ce que je peux affirmer c’est que mes parents et ma sœur ont téléphoné pour savoir si ca se passait bien. On leur a  raccroché au nez.        
Marmottan ne communiquait rien. Même pas ton nom. Ca angoissait certains proches et cela devait être frustrant pour les stups. Finalement quelle importance ?   
Un infirmier m’a dit de le suivre  Il a jeté un œil dans mon sac. Simple formalité ? Non mais personne ne m’a fouillé à fond. J’avais amené un peu d’argent que j’ai remis en rentrant. A cause des vols assez nombreux.
X le psy est passé pour m’expliquer le traitement.
Médicaments : Valium, Xanthene  Noctran,  Viscéralgine pour atténuer le mal au ventre (assez efficace), Immodium contre la diarrhée.

Sevrage et Manque …

Je n’ai rien contre un sevrage quand on est jeune, hospitalisé dans de bonnes conditions ( Pas dans un HP), et que c’est la première addiction.
Je n’ai rien contre … si c’est un choix.
C’est « supportable » et ça fait réfléchir. J’en avais besoin. Affronter le manque sans opiacés, je suis convaincu que c’est un truc à faire une fois. Mais jamais seul et de préférence dans un endroit cool ou t’as pas le contrôle des medocs et ou tu ne peux pas « compenser » avec de l’alcool.

Ensuite c’est s’infliger une douleur inutile.  

J’avais bien compris que le manque d’héroïne ne pouvait pas se décomposer  en « symptomes élémentaires ». Il y avait quelque chose de plus que rien ne pouvait combler. Ce quelque chose avait un nom : Héroïne,  ou euphorie d’être défoncé à la reine des opiacés.
Avec les médicaments, mon mal de bide les diarrées se sont vite résorbés.  Le manque est  toujours la. Un désordre irrationnel échappant a toute logique.
J’avais une envie monstrueuse  d’heroine, de la sentir monter, cajoler chaque cellule etc. Envie d’être defoncé.
.

Se droguer à Marmottan ?

On racontait tout et n’importe quoi.
Je n’ai  vu qu’un seul mec se droguer  – se fixer dans sa chambre. Il s'est fait lourder direct. Ce type était venu avec son  électrophone  et il passait ses journées en boucle à écouter « Syster Morphine »  des Stones.  Le son à fond.
Il parait que O était à bout de nerfs à chaque fois qu’il passait devant la chambre.

Le truc qui clochait.

Le truc qui clochait ? C’était moi.
Je me suis vite rendu compte j’étais en retrait. Observateur, journaliste improbable qui nulle part ne s’impliquait à fond.
Un drogué froid et calculateur.
Schizophrénie, mythomanie, Up and down,  désordres de la personnalité, les psys me foutaient une trouille bleue. Je sentais qu’il y avait du vrai dans tout ca.        
X a précisé que «ça n’avait rien d’exceptionnel » et il a ajouté que je n’avais pas un profil de «Junkie». Que cela ne se mesurait pas à la quantité de drogue prise chaque jour.
J’étais encore plus paumé. Pas le profil ?
J’avoue que ça m’a vexé.
 ….J’étais dingo, mythomane, dissimulateur, désaxé, terrifié par l’avenir, le manque et, cerise sur la gateau,  je n’avais pas « le profil d’un drogué».
Mais « ça n’avait rien d’exceptionnel ».

On faisait partie de la seconde vague qui s’emparait de Marmottan.
 
Les infirmières regrettaient la première vague. Nostalgie des  camés psychédéliques, des voyageurs hallucinés.  Des gens si fascinants et cultivés qui avaient pris du LSD 25. Des champignons hallucinogènes. Des garçons ou des filles qui revenaient des Indes,  de Katmandou,  de Goa, ou de Berkeley University. Ils racontaient avec talent et en détails leurs "expériences" au staff d’Ollivenstein très troublé, très touché. Des membres du personnel soignant ne m’ont pas caché qu’ils avaient eu envie de prendre de l’acide ou des champignons.     

Mauvaise éducation, nous avions tous à priori une mauvaise réputation

La seconde vague ?  La mienne Celle qui se shootait de l’héroïne, du speed, de la coke. On faisait pitié et peur à la fois.
La seconde vague cassait régulièrement la pharmacie de bord,  volait des cigarettes, des affaires personnelles,  du fric,  etc.
Mauvaise éducation, nous avions tous à priori une mauvaise réputation.    
Des voyous ? Non mais la page « Peace Love  LSD» était tournée.  
L’heroine et le speed, les seringues et les OD n’allaient pas tarder a transformer le paysage de la rubrique « faits divers ».
« 20 ans – jeune fille ordinaire morte d’une OD à Bandol »  Ce genre de papier les mauvais journalistes en raffolaient.  


Le premier jour

Ca va pendant quelques heures le shoot retarde un peu le manque.
Je prends le traitement et je ne dors pas. Je ne dors pas et je prends le traitement. Chambre individuelle mais spartiates pas le luxe.
Sanitaires et douche à l’extérieur. Rien à foutre. Et j’ai pas envie de me doucher.
J’ai ouvert mon sac et j’ai balancé Timy contre le mur- boum.
(J’aurais jamais du l’emmener … )   

Le second jour   

Je n’ai pas quitté ma chambre sauf pour aller aux toilettes. Trop malade !!!
Des infirmiers passaient me voir régulièrement, me posaient des questions puis l’étau se resserrait. Est-ce que je comptais arrêter ? Un jour, oui et je ne mentais pas.
Mais je voulais déjà me casser. Me faire un shoot de brown avec un brin de speed. J’en ai parlé à X.
X a monté mes doses de Valium et de Noctran de Viscé de tout.
Je crois qu’il a ajouté un autre « tranquillisant »  pour que je dorme un peu.
Un sirop je crois. Peut etre du Theralène, du Tercian.  Un neuroleptique.
X est resté une heure dans ma chambre. Je lui ai avoué que si j’avais su que les sevrages étaient aussi durs je n’aurais pas même pas tenté le coup. Que le résultat risquait d’être désastreux. Et j’ai  piqué une crise de larmes comme un môme de 5 ans. Je me voyais mal barré avec ou sans drogue.
Je me suis demandé comment ca se passait pour ceux qui avaient « le profil ».
Le plus souvent « ils ne consultaient pas » m’a précisé X.
-    Toi tu es venu en manque sans opiacés je ne crois pas aux hasards.   
Moi j’y croyais vaguement.
Ensuite il m’a demandé si j’avais peur de décrocher.
Peur moi ?
J’étais terrifié oui !
Mais j’ai du répondre «non».
Bien sur j’avais peur. Je ferai quoi après la cure ? J’allais payer cher pour tous ces mensonges accumulés et qui se dédoublaient à l’infini.
Ca faisait si longtemps que je n’avais pas été clean ou juste un peu honnête.
Le monde extérieur celui  des adultes. Le mien. Un monde sans pitié que je refusais d’affronter.          

    
Le troisième jour,  Fortal repas livres et traitement
 
J’étais prêt à me casser. J’en pouvais plus ….le manque,  le traitement tout allait de travers. On me l’avait dit et redit je n’avais pas écouté.       
X m’a fait une piquouze de Fortal en soulignant la procédure exceptionnelle.
La faveur dont je bénéficiais. Pas une IV non - une piqure dans la fesse.
(Des fous !)
Mais j’étais un peu mieux après.
J’ai pris une douche, je me suis rasé, j’ai cherché mes cigarettes. Elles s’étaient envolées.  Bon  j’ai été au repas. J’avais faim. Une nouvelle sensation.
Repas pris en commun –  On était une dizaine maximum à se lever pour manger.
Je me souviens d’un grand poste TV presque toujours éteint. Une bibliothèque avec un peu de tout. Des magazines (« Actuel »,  « Lui », « Rock Folk »,  « Marie Claire » etc.) et quelques livres laissés par des patients : Un SAS, un Dylan Thomas en VO, un livre sur la philosophie indienne de Castaneda, et meme « l’herbe bleue ». Pour ca j’ai une bonne mémoire. J’ai pris le SAS. J’en avais jamais lu. Au bout de 30 pages racistes et fachos, j’ai balancé le livre à la poubelle. Ah « ces » drogués !
Un des infirmiers m’a filé un « Eva » carré noir de James Hadley Chase Je l’ai commencé à Marmottan et l’ai terminé chez moi entre deux fixes de speed.    
J’ai discuté une nuit  avec un Iranien qui fuyait le régime du Shah. Il ne dormait quasiment pas. Passait ses nuits et ses jours à tourner en rond dans sa chambre. On avait sympathisé. Mais au-delà de discussions superficielles sur la dope, je n’ai jamais su exactement ce qu’il avait enduré ( En Iran, cette dictature à l’occidentale)
Je dormais également très peu malgré les médicaments. En fait personne ou presque ne dormait. Marmottan c’était un peu la nuit des morts vivants.
Il m’arrivait de marcher dans les couloirs en  parlant tout seul. J’allais boire un café dans la salle de garde avec les soignants. Un infirmier m’a dépanné de plusieurs paquets  de cloppe.

Traitement

Certains prenaient du Xanthene 50,  d’autres comme moi du Valium bleu. A l’époque un comprimé ou deux de valium suffisait à me calmer sans trop me casser. Quand j’étais trop énervé, je demandais un X50.  
Le traitement était servi dans la chambre. Pour éviter les embrouilles,  les files d’attente, le médicament de l’autre qui te fait toujours plus envie que le tien etc.
Le traitement devait être pris sur le champ pour éviter les TS et l’infirmier vérifiait très attentivement Des petits malins le mettaient sous la langue pour prendre double ou triple doses en même temps.  
Il y en avait eu des TS. Des surdoses de médicaments.    

Une visite « éclair »


Dans l’après midi visite d’Ollivenstein et de Simone Weil. Ils sont passés partout y compris dans certaines chambres (on avait été prévenu une  heure avant). Il y avait aussi un photographe/ Flash d’un appareil photo  très insolite en cet endroit. Le photographe  voulait faire quelques clichés de patients dans leur chambre. On nous a demandé si cela  nous dérangeait. Ca nous dérangeait grave. On a répondu Niet pour les photos solos en chambre.      

Les filles

Est ce que j'ai rencontré des filles à Marmottan ?


Les filles ?  – Ah oui deux.   Enfin surtout une. Lors de ma première cure …
J’ai pas tué j’ai pas volé  …

Deux filles ?   Joan et H –  

Joan surtout


Elle était plus âgée que moi. La trentaine. 33 (34). Je ne sais plus comment je me suis retrouvé dans son lit. Elle s’appelait Joan et avait vécut aux USA et en Asie. Son père était attaché de presse d’une grosse boite. Joan vivait chez sa mère qui venait de divorcer.  Elle portait une chaine en or et pas grand chose d'autre. Son corps était doux et tiède et propre. Je me suis promis de prendre une douche. Ca faisait des siècles que j'avais pas couché dans le lit d'une fille. Elle avait décoré sa chambre comme si elle allait rester 2 mois! Ca sentais l'encens et un parfum subtil dont les filles ont le secret. Elle avait scotché un poster des Pinks Floyds et une affiche d'Admnesty international. Elle habitait les beaux quartiers. Mais ça ne me dérangeait pas. Je crois que je suis tombé amoureux d'elle en moins de cinq secondes. Mais chaque nuit je rêvais que je me shootais. Jolie fille ou pas j'étais pas encore au bout de la route. D'ailleurs c'était peut être une impasse. J'avais un vrai don pour me faire des noeuds dans la tête!
Joan dégageait tout comme moi cette odeur acide du manque qu'aucun parfum ne peut faire disparaire. 

Une petite fillle pas comme les autres


Elle m’en a raconté de ces trucs !
Son père l’avait violentée quand elle avait 10 ou 11 ans.
Violentée ? Je pensais aux baffes dans la gueule et coups de ceinturons.que mon père me filait.  
Joan ne m’a épargné aucun détail – Description au scalpel - précision d’un rapport médico-légal.
Violence aggravées- sexuelles – Viol.  Jamais elle n’a prononcée ce mot.
« Viol » ? Sur une petite fille de 11 ans ? Je ne réalisais pas la portée du mot.  
« Les violences » elle en parlait d’un air détaché, la voix basse, a peine un murmure,  un souffle.
Viol ? C’est comme si elle parlait de quelqu’un d’autre A la troisième personne.
A l’époque ce genre d’histoire était rare ou taboues. Je n’ai pas mis en doute sa sincérité. Pourquoi m’aurait-elle mentie ?    
    
Joan

J’étais ni le plus beau ni le plus jeune ni le plus en manque ni le plus intelligent.
J’étais pas le premier type qu’elle invitait dans son lit  Des patients disaient ca l’air  méprisant. C’était tellement plus simple de la traiter de salope. De la stigmatiser. Les conards vicelards en manque existaient déjà. Des rumeurs parmi les patients.      
J’ai trouvé flatteur d’avoir été « sélectionné » par cette jolie femme.
Elle allait parfois aux petits déjeuners. Elle a du m’y voir. Le jour ou je me suis lavé. .. Sais pas ce qu’il lui avait plu chez moi. J’ai du faire un peu d’humour noir, un jeu ou j’excellais.  Je crois que c’est ca qui l’a touchée.  
Une salope ? Non elle était beaucoup trop romantique, dure mais  encore pleine d’illusions. Ca se voyait dans son regard,  habité d’une étrange clarté.   
Joan,  des yeux délavés d’un bleu si anémique que j’y plongeais avec délice.
Je suis resté un ou deux  jours dans son lit. Le manque la fin du manque  nous rapprochait.  C'était bien  plus agréable  que la Viscéralgine  ™ !
Joan et son fume cigarette en ivoire.  
Bien calé aux creux de son lit,  allongé près d’elle ou ma tête sur son ventre pour lui prendre le pouls ( ???). Souvenir très fort et aussi des zones d’ombres mais je n’étais pas en retrait. J’étais  encore en  manque mais totalement impliqué par la douceur de ce corps de femme de 34 ans ( ou 33).
Joan ne comptait pas s’arrêter. On s’est raconté des histoires de drogués : meilleur flash, meilleur endroit pour se shooter, meilleure poudre qu’on avait prise …. Le manque traçait un trait d’union magique entre nous. Un secret juste pour Elle et moi.    
Faire l'amour? Dans les griffes du manque, on n’avait pas trop envie. Ca nous faisait bcp plus peur qu'une injection intra veineuse.

Rencontre « Flash éclair » avec « H »

   
H était vendeuse dans une boutique « Anastasia » – Celle de la rue St André des Arts. Paris. 18-17ans grand minimum.  Une vraie beauté. On a fait que discuter et j’ai du l’embrasser. C’est tout–  Vraiment - Une juive séfarade d’origine marocaine Le courant passait bien. En fait je lui rappelais son petit copain qui dealait de l’héro dans la ville de Bondy (93) et voulait savoir si je le connaissais.   
Bang ! Le monde des drogués et des petits dealers était minuscule. Toutes les routes se croisaient à Marmottan cet hiver là. Elle n’a montré une photo. Non je le connaissais pas.  
On s’est installé dans le coin TV,  déserté comme d’habitude. La conversation s’est terminée dans sa chambre.  On a un peu flirté mais léger. Elle y tenait a son copain et moi j’étais pas trop à l’aise. On a discuté moins d’une heure, sagement assis sur le lit.
« H »  était décidée à arrêter la dope. Elle m’a affirmé avoir  donné aux toubibs « une once » de Thai  avant d’entamer sa cure.  Une folle ! une mythomane j’ai d’abord pensé. Une petite flamme dans ses yeux me disait que c’était vrai. Je ne me souviens pas de son prénom. Sauf le début : H
On a convenu de se revoir « en ami » puisqu’elle avait un copain. Lui aussi allait décrocher.  Ils n’avaient pas souhaité décrocher en couple.
H a été transférée le lendemain  dans un service d'urgence pour une fausse couche. Je ne l’ai jamais revue.  
J'ai regagné ma chambre, à la dérive. J’ai pas osé aller chez Joan. La nuit était tombée. Un vieux néon tremblotait comme sil allait exploser.  

Je vais te tuer !



Plus tard dans la nuit, Joan est entrée dans ma piaule avec un tesson de bouteille. Elle a hurlé   «Je vais te tuer ! » et m’a traité de salaud. Elle a laissé tomber le tesson de bouteille. Puis s’est mise à pleurer, effondrée.  Des infirmiers sont arrivés.
Là je n’avais aucun mensonge à  balancer.  H et moi on avait juste « discuté ».  
Putain là ok ok ok c’était de ma faute. –  …Le manque rend hypersensible. Il aiguise la jalousie et on avait un peu flirté. J’aurais du  y penser avant.  
Les infirmiers m'ont dit de ne plus quitter ma chambre, puisque « je n'assumais pas » que j’étais « irresponsable ».(Assumer ?  Ils m’ont gonflé !)
Le retrait encore et toujours. J’étais consigné dans ma piaule. Mais je n’arrivais pas à dormir.  Rester dans ma chambre ?  «no way».
Joan était cool entre deux accès folie. Je suis retourné dans sa piaule. Elle m’a laissé une petite place dans son lit. Elle m’a demandé si ça allait comme s’il ne s’était rien passé. Vraiment les filles j’y connaissais quedal.
Ca allait pas si mal mais je n’ai pas répondu. Je lui ai caressé la main. Ses yeux était rouge d’avoir pleuré. Elle m’a embrassé et m’a fait jurer de ne plus la quitter.
Je ne savais pas résister aux filles. J’ai promis sans sourciller.  
Joan avait fumé de l’Opium  à Hongkong. Elle connaissait aussi Tokyo, Bombay, Delhi. Elle m’a bercé d’histoires incroyables, de rêves opiacés, de voyages à San Francisco,  Washington, Ibiza
Elle reste incrustée a jamais dans ma vidéo intérieure.
Quand elle est partie elle m’a laissé son nom et téléphone sur  un petit morceau de papier. Et j’avais très envie de l’appeler. Le papier je m’en suis servi une semaine plus tard pour faire une plaquette de speed. J’ai vendu la plaquette.
Les drogues dures ne rendent pas intelligent - Parfois elles te font faire de graves erreurs.

Les couples

Ils arrivaient radieux, défoncés, les pupilles en tête d’épingles. En quelques jours le couple se disloquait. Ils se battaient pour un comprimé de plus.
C’était triste et impressionnant. Le manque était plus fort que l’amour ?
Ou alors ils n’étaient pas amoureux. L’héroïne est une maitresse cruelle et possessive.  
(Je crois que cette pratique  - cure en couple - a été interdite)

Qu'est que je foutais ici? Sept jours déjà !

Je suis sorti contre l’avis de X qui aurait souhaité que je reste au moins 3 bons jours de plus …. Il  est passé me voir chaque jour mais je savais qu'en sortant il me restait du speed et un tout petit peu de brown … J’avais trop envie d’un shoot. .
Début de RDR ?

Le staff nous mettait en garde contre les OD post cures
- Attention tu n’as pas pris d’héroïne pendant 7 jours.
Tu es physiquement décroché. Ca veut dire que si tu te fixes fais comme c’est  le premier shoot de ta vie.  Attention aux OD’s !!!!!
RDR pour les OD. Oui Et renseignements sur la qualité de la came qui trainait dans  la rue.
Infos sur les IST, les préservatifs ? oui je suis sur.       
Réalisme ou  pragmatisme les OD étaient fréquentes après une cure de sevrage.
Mais ce petit avertissement en disait long sur le taux de rechute.


Me shooter ?      


Je ne pensais qu’à ça, dans le métro qui m’amenait gare de l’Est.  
Ma première cure de desintox,  même si je savais d’avance que ce n’était qu’une pause, un répit…Cette cure m’a fait réfléchir sur la drogue et sur ma perception du monde.  Un truc que j'évitais soigneusement depuis très longtemps - bien avant mon premier shoot.  J’avais trop peur de ce que je risquais de découvrir.
Je voulais pas savoir quel sorte de dingo j’étais.
 Suivre une psychotherapie - X a vraiment insisté .
- Pour toi Clodb c’est indispensable !   
J’ai amorcé une psychothérapie quand j’ai fais la cure de Méthadone à St Anne.
Apres les choses se sont précipitées. Je suis tombé malade. Les reins bloqués.
Poison en quatre lettres ? Urée. Et après je suis parti en Israël.
J’ai oublié les toubibs et la psychothérapie.  
Je pensais m’en être bien sorti. Et une fois de plus je me plantais.



8 commentaires pour cet article

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Le 06/03/2013 19:48:23
Paris independent escorts a dit :

Puis-je protéger mes droits d’auteur contenu du blog sans l’enregistrer au départe droit d’auteur? s’il vous plaît aider?
Le 06/03/2013 21:45:09
cynoque a dit :

Toute publication est d'office sous copyright dès lors qu'elle est publiée. C'est la loi. Après on peut faire appel à des entreprise qui vont surveiller que ce droit soit respecté, mais il n'est absolument aucunement obligatoire de faire appel à quelle entreprise que ce soit pour mettre une oeuvre sous copyright.
Ici tout est sous copyleft. Les conditions d'utilisations des textes sont définies par l'auteur que je ne suis pas. Le code du site est obtensible sur demande (réellement motivée), gratuitement.
Le 07/03/2013 03:23:37
Lyon call girls a dit :

A Pierre Paul, c’est aussi le but de ce site de donner des conseils, même si je n’ai plus fait de tutoriel depuis un bout de temps.
Le 13/10/2013 16:44:03
Leanne a dit :

Bonjour, c'est vraiment intéressant, merci clodb168.toile-libre.org
Le 14/10/2013 03:33:20
Jina a dit :

Son plaisir de comprendre clodb168.toile-libre.org. Les articles ci-dessus est assez extraordinaire, et j'ai vraiment apprécié la lecture de votre blog et des points que vous avez exprimé. J'aime vraiment à apparaître en arrière sur une base classique, après beaucoup plus dans le sujet. Merci pour le partage ... continuez à écrire!
Le 22/12/2013 15:37:21
Tuyet a dit :

Bonjour, c'est vraiment intéressant, merci clodb168.toile-libre.org
Le 04/01/2014 00:37:38
Petrina a dit :

Hahah, Mon portable s'est écrasé quand je regardais clodb168.toile-libre.org dernière fois que j'étais ici. Et pour les 2 derniers mois, j'ai été la recherche de ce blog, j'ai tellement reconnaissante qu'elle trouve une fois de plus! : D vous souhaiter bonne chance dans la nouvelle année !
Le 06/01/2014 09:48:20
Aubrey a dit :

Exactement là où je pourrais trouver cette plateforme Weblog particulier pour clodb168.toile-libre.org? et Happy New Year!

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