Manque

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08/11/2012 16:04

L'heroine coule à flot dans tes veines

Tags : Manque, flash, injection, 1972
[Entrée mise à jour le : 29/12/2012] [Entrée mise à jour le : 29/12/2012] [Entrée mise à jour le : 29/12/2012] [Entrée mise à jour le : 15/11/2012] Note : Je souhaite regrouper sur ce blog des textes postés « ça et là ». Pas tous ! ceux auxquels je tiens le plus Désolé si vous l’avez déjà lu. C’est juste un soucis de cohérence dans un contexte hum « compliqué ». Ce texte tente de mettre des mots sur une sensation, une drogue qui s'appelle l'heroine. La substance et son abscence "Le manque". Clodb168 29 dec 2012
1972 l’Héroïne bientôt coule à flots dans tes veines

« Electricity comes from another planet » (*)


Au début ce n’est qu’une pochette en papier qui contient de la poudre blanche ou brune. Tu l’as cache dans le placard de ta chambre avec une seringue insuline 1cc, très légère,en plastique, made in Ireland Et puis tu n’y penses plus. Tu crois que tu n’y penses plus… Tu ne veux pas t’accrocher. Non. Tu t’astreins à une discipline de fer : Un fixe par semaine. Tu en prendras juste le week end. Comme ça tu peux aller en Fac essayer de boucler une maîtrise d’informatique commencée en …1969. Tes copains, tu ne les vois plus. Depuis que vous avez cette super came de Thaïlande, c’est chacun chez soi et la solitude (ta meilleure amie) ne te dérange pas.. Le week end suivant , tu comptes les jours de la semaine, lundi, mardi, mercredi, etc. Sept jours - Putain c’est long. Cette année 1972 tu as 22 ans et tu te lances dans l’Heroine. Pourquoi ? tu ne te poses pas la question. Samedi tu te fais un fixe et -ouf ! - tu changes de planète. Tu es sur un astre inconnu producteur d’électricité. Marcher sur la lune c’est rien à coté. Dimanche tu remets ça. Cool, calm and collected - .Tu prends une cuillère dans la cuisine. Tu as déjà un petit couteau bien à toi. Il ne te quittera plus. Tu planques la seringue et la poudre dans la pochette dans la pochette d’un 33 tours.  Tu évites le regard de tes parents et tous les regards en général. Et aussi les étoiles, tu voudrais appuyer sur un bouton et les éteindre toutes. Le seul regard que tu supportes est celui de ton petit chat.

Accélération one


Lundi, c’est la fac – le métro jusqu’à Jussieu est interminable. Tu essayes bien de te concentrer sur les cours mais c’est difficile/ Et "play it again". Lundi, mardi, mercredi…Et comme ça pendant –quoi ?- deux week end .Et ca devient encore plus dur. Pourtant tu n’es pas accro, tu serais malade – je veux dire physiquement. Toujours attendre. Tu comptes les jours. Tu comptes les nuits les heures les secondes tu comptes tu comptes… Putain tu en as marre de compter ! Marre de tout. Tu n’avais pas prévu cette monstrueuse dilatation du temps. Aucun risque de s’accrocher à ce rythme n’est-ce pas ? Alors tu fais une petite entorse et le mercredi tu rentres plus tôt. Jamais le métro ne t’a semblé aussi lent.. Jussieu / Gare de l’Est et le train jusqu’au Chesnay-Gagny (93).- Toujours plus vite ! Tu te surprends à courir pour arriver  chez toi Tu dérapes et tu te casses la figure. Tu traverses au vert. Tu évites de justesse un une R16 Turbo. Des chiens, des clacksons hurlent dans ton dos. Un bruit de tôle froissée te poursuit. Tes poumons sont saturés –Tu prend la rue B puis la rue T et enfin la rue Z. Tu navigues en mode sans échec. Un système radar te guide et sélectionne le chemin optimum. Tu y es, enfin presque . Et – Tic Tac Tic Toc – Car maintenant chaque seconde dure un siècle. Ton cœur bat à toute vitesse. Tu évites le regard vide et le visage bouffi de ta mère accrochée au Seresta50. Tu grimpes dans ta chambre quatre à quatre. Tu arrives dégoulinant de sueur, à bout de souffle. Tu mets un disque très fort – le premier qui te tombe sous la main . Peut etre « LA Woman des Doors» . Dernier effort. La ceinture de ton jean pour garrot, la cuillère, la seringue, un filtre de cigarette. L’aiguille – trouver la veine - dès que tu vois un peu de sang qui monte tu y es - un micro signal « ok » fonce à 100 à l’heure jusqu’au cerveau, et tu pousses le piston à fond.  L’Héroïne coule à flots dans tes veines. Elle cavale jusqu’au cœur (une petite décharge électrique) et enfin explose dans ta tête, ou (heureusement) l’ordinateur de bord reprend les choses en main - Synchronisation parfaite – alors, seulement, tu relâche complètement le garrot. – tu sens un vent glacé, une odeur d’éther. Tout s’est déroulé en quelques secondes à peine. Presque immédiatement, tu as des fourmillements partout. C’est sensuel - tu fais l’amour. Une sensation  presque trop forte Tu allumes une cigarette .Tu flottes dans l’espace pendant quelques minutes. Ton visage se détend, ton cerveau te balance une musique spéciale sur la bande FM. Tu n’as ni la force ni le temps de mettre « Riders on the storm » pourtant tu as sorti le disque de sa pochette. Tu d’endors dans le silence de l’après-midi. Un sommeil tiède hypnotique dans une chambre noire ou tu voudrais passer le reste de tes jours. Putain c’est trop bon… Plus tard tu te rappelles la seringue qui tombe au ralenti, la brûlure d’une cigarette, des trucs comme ça. La nuit est tombée depuis longtemps quand tu émerges. Ta chemise blanche est tachée de sang. Ah ah.

Accélération. Two.


Tu en prends tous les jours maintenant. Le matin et le soir. Tes pupilles sont minuscules. Des têtes d’épingles ….Il te faut des lunettes de soleil – pas des Ray-ban ni des Vuarnet – Non juste une paire à 10 francs, bien noires ou à verres miroirs, achetées à des vendeurs ambulants Boulevard Saint-Michel. Tu continues à aller en fac mais pourquoi? Les trajets sont épuisants. Et il pleut dans ton cœur maintenant car désormais plus personne ne t’attend. Tu descends les escaliers  en évitant soigneusement de te regarder dans un miroir. Tu as maigris. Tu enfiles une veste de daim et tu cours te planquer au café du coin. Tu as l’impression que tout le monde a les yeux braqués sur toi. Tu commandes un double cognac. Tu le bois d’un trait et tu tousses comme un malade. Tu en commandes un autre qui te donne la nausée. Tu payes sans prendre la monnaie. Tu n’oses pas affronter le regard du buraliste Tu sors et - vite ! - Tu as froid partout. En ce début d’octobre, il fait presque zéro, une odeur de feuilles mortes plane. Tu es gelés tu frissonnes.  Tu vomis dans un caniveau. Tu tombes à genoux puis tu es allongé sur le dos . Le ciel est un tapis d’étoiles.  Tu ne connais aucune prière de circonstance. Tu voudrais mourir foudroyé. Disparaître
Hop ! Tu n’existes plus.

(2 -3 semaines plus tard ?)

The addiction.

De la poudre il en reste encore un peu. Impossible d’économiser. Il en faut de plus en plus. Un jour – Un jour tu te réveilles avec les yeux qui pleurent, tu n’arrêtes pas de renifler et tu as des crampes partout. Impossible de te lever, de te laver, de te raser, d’aller au en fac. Tu te casses la figure dans la salle de bain. Tu as des diarrhées très violentes, tu pisses du sang et tu n’arrives plus à respirer comme si l’oxygène s’etait raréfié Tu as aussi des nausées, des vomissements, chaud et froid et des courbatures partout..  Tu comprends de suite: IL te faut un fixe.
Mais ta pochette est vide. Plus d’Héro.
No more Smack.
A cet instant tu penses que tu pourrais tuer quelqu’un pour un peu d’Heroine.
Tu voudrais hurler de douleur – de désespoir. Tu te contentes de pleurer et de te lamenter sur ton sort. Cette fois tu peux vraiment car tu es en manque et bien accroché. Play-again ? Ce n’est plus un choix mais une nécessité. Un jour, tu regardes le plafond gris et tu réfléchis. Tu fumes un –deux paquets de cigarettes. Dehors il pleut. il fait nuit -  Tu fumes dans le noir Tu traces des motifs compliqués avec le bout incandescent de ta cigarette. Tu pousses un hurlement juste dans ta tête. Heureusement personne ne peut l’entendre.

C'est un hurlement de terreur pure

(*) Cette phrase étrange est sortie d’un morceau de Velvet underground dont le nom est –je crois « Foggy Notion ».????
Non c dans "Temptation inside your heart"!!!!

Ps: Le manque d'heroine est très violent mais (pour autant que je me souvienne) très court : En 3-4 jours, une semaine maxi tu es décroché physiquement.
Seulement ca ne suffit pas tu es triste frustré tu veux en reprendre à n'importe quel prix.
Puis un jour tu vas vas arriver a stopper en partie grace a la méthadone en doses dégressives.
Il existe aussi une autre solutiion si t'es hospitalisé: Des sous cutanées de morphine et oui. - Des ampoules d'hopital. Je ne sais pas pourquoi ce trt est rarement utilisé.. en doses degressives tu ne planes pas l'heroine est bcp plus forte que le morphine. J'y ai eu droit une fois ca a plutot bien marché même si je suppliais quand on m'a coupé la morphine;
Curieusement j'ai eu droit à ce traitement en manque de codeine  et  de poudre d'op' et de 875. ( neocodion, netux, tussipax, eubipasme palfium)
On m'a filé de la morphine pendant au moins 5 jours..
Attention le manque de codeine ou de sulfate de morphine est bcp plus long à passer  10 jours plus?-
Eviter les sevrages. ca ne sert à rien. Sauf une fois si t'es jeune en bonne santé et sous controle medical ( hospitalisation)

Voir aussi :

09/11/2012 18:12
1975 La couleur du manque à Paris
23/01/2014 15:48
Le disque blanc des Beatles (1968)
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