Samu

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25/12/2012 13:12

OD - L’overdose : Paris (1980)

Tags : Heroine, Overdose, surdose, samu, hopital, rester en vie
[Entrée mise à jour le : 27/12/2012] [Entrée mise à jour le : 25/12/2012] Posté le 25 décembre 2012 @ 14H00 par Clodb clodb168 Cnash ClaudeB Ce n'est pas un conte de Noel. Juste le récit d'une simple OD par imprudence pas une tentative de suicide. Tout bascule en une injection - Un voyage au bout de la vie.

 OD - L’overdose : Paris (1980)




 Je rentre d’Israël. Je suis le roi du yoyo. Des voyages A-R à répétitions. Je file direct chez Phil . Un appartement pourri près de la porte de St Cloud.  Phil  est mon seul ami en France. Les autres sont  presque tous morts.  Suicides, OD’s, mélanges, barbituriques,  alcool,  etc.   
Un immeuble vétuste, un appartement avec une cour intérieure ou les clochards s’arrêtent volontiers pour pisser. J’évite de respirer en traversant la cour. Je suis toujours pressé quand je vais chez Phil. J’ai téléphoné avant de passer et – super-  il rentre de Thaïlande. La blanche n’a pas d’odeur. Juste un parfum d’éther. Et tu ne le sens que quand tu te shootes.  Je vais aussi vite que possible.  Je ne cavale plus après le fixe qui va me délivrer du manque et m’emmener sur une autre planète. Celui qui effacerait  tous mes soucis.  Paris est une ville grise et pluvieuse. Paris a le regard méchant. A part l’héroine plus rien ne m’attire ici.  Paris est la plus belle ville du monde. Tout le monde le dit. Cela doit être vrai.
Je ne dois pas fréquenter les bons quartiers.
Mais ce n’est pas un hasard si je me retrouve une nouvelle fois à Paris. J’y suis pour prendre de la blanche. Et après ? Je vide mes poches, Kleenex, vieux papiers, vieille lettre de rupture que je n’ai pas  envoyée.  J’ai aussi une petite cuillère, et une seringue insuline neuve «qui- n’a- jamais-été -utilisée».  Elle est encore dans son emballage. Une page est tournée mais je ne sais pas laquelle. Une  camionnette de la police roule lentement - Les flics mettent des PV sans m’accorder un regard. Je n’ai pas l’air d’un Junkie ou d’un Hippie. Cheveux courts, trench Coat classique.  J’ai 32 ans. On pourrait me prendre pour un comptable, un représentant de commerce  ou  un type qui aime trop les opiacés.          
Le médecin m’avait dit cinq ans. 5. Cinquo - Take Five-  Et on était bien d’accord. 1978 Je terminais ma cure de Méthadone, je n’étais plus accroché. De 1978 à 1980 j’ai fais trois aller-retour, entre Paris et Tel- Aviv. Le piège classique.  Quand je suis à Tel Aviv,  Paris (la blanche) me manque trop. Quand je suis sur Paris je ne supporte  plus le milieu des usagers de drogue. Et Tel-Aviv me manque – Tel Aviv est comme une jolie fille ensoleillée dont je serais fou amoureux. Cette ville n’est pas spécialement jolie ce que j’y aime c’est la proximité de la mer. Et les quelques filles que j’y ai rencontrées.  
 

Chez Phil.


 J’allume une cigarette. Et je monte des escaliers près de la porte de Saint Cloud.  Ca y est,  4ieme étage. J’y suis –  Pas de nom sur la porte. C’est bien là.
Toc – toc – toc : Mon cœur s’est mis à palpiter comme au bon vieux temps.
Phil  m’a ouvert et on a discuté un bon quart d’heure. IL a essayé de me décourager, de me dissuader de me relancer dans le smack. Le quart d’heure est devenu demi-heure et Phil a voulu jouer les prolongations. Une  petite lueur dans mes yeux l’en a finalement  dissuadé ; De la blanche,  Phil en a beaucoup.  Il compte en once et moi en grammes.  Je prends trois grammes. Je me fixe  sur place. Un tout petit fixe, minus,  un bébé-fixe car Il n’a pas encore eu le temps de la couper.
Là j’ai décollé plus vite que la navette spatiale mais moins loin dans l’espace.  La colonne de sang dans le piston. Le tout en moins d’une seconde.
Invulnérable. Je flotte à nouveau parmi les nuages.  
Je suis resté une bonne heure chez mon copain mon  frère de sang.  Ne pas piquer du nez au volant sur le chemin du retour.
Je suis rentré chez moi sans problèmes. Mes parents n’ont pas posé de questions mais ils savent  déjà. Pour l’Heroine j’ai un plan. Je n’en prendrai que très rarement bla bla bla... J’ai  rien appris. Ou disons que mon expérience ne me sert à rien. 1980 : J’ai jamais stoppé très longtemps.
Trois grammes. Pourquoi j’en ai pris autant ? Je sais que Phil se casse de Paris pour quelques mois. Je vais m’accrocher. En 1980 l’accès à la méthadone reste «compliqué» de type  «expérimental».    

 Image suivante : 1980 OD. Trou noir  Samu93.

 L’OD: Même jour –de nuit      

Dans la nuit, putain, j’ai vraiment faillit y laisser ma peau

J’ai pris du Valium pour dormir– A 2heures du matin tout le monde dort ... sauf moi – Je vais dans la salle de bain je me fixe en essayant de ne pas trembler. Colonne rouge dans le piston, micro signal « ok »?  J’appuie à fond    … Et bang ! Je me souviens plus de rien.
Ce qui suit on me l’a apprit après :
C'est le bruit qui m'a trahi ou sauvé.
Je devais être assis sur un "bidet" et je suis tombé - bang!
Je suis  allongé « comme mort » dans la salle de bain. La seringue est posée près de moi. Elle contient  un peu de sang. Je me suis servit d’une ceinture de peignoir pour garrot. Les types du Samu sont  dépassés. Ils n’arrivent pas à me réanimer  … ne savent pas comment on fait avec les « drogués » en surdose. 
-- Ils ne savent pas ? 
On est en 1980- Les urgentistes ont  (devraient) avoir pour certains  10 ans de recul sur la toxicomanie chez les jeunes de 18 à 30 ans. En 1980 chez un type qui prend de l’heroine la cause de mort la plus fréquente s’appelle OD comme «OverDose»  Ceux qui  font une OD crèvent seuls  dans une chambre ou ont la chance d’être pris en charge par des amis et un service d’urgence. Sur place ou à l’hôpital.
A Paris les cliniques privées ne se mouillent pas elles renvoient directement les «cas » d’OD sur le réseau des hôpitaux de l’AP (Assistance Publique).    
 1980 : Les Russes sont à Kaboul.   
 1980 : Les premiers cas de Sida ont été déclarés à Los angeles.
Je ne sais pas si on utilise déjà le mot «Sida». On parle de certains virus violents- sans parade. Qui privent le corps de ses défenses immunitaires.
De 1980 a 1990 : Cause de la mort la plus fréquente pour les usagers d’heroine :   ODs  Surdoses.

Les mecs du Samu sont manifestement dépassés. Surement des jeunes pas préparés – non formés. (Quelle autre explication ?). Ils voulaient "laisser tomber"
En clair me déclarer mort. Bon c'est ma soeur X. qui se rappelle  de ce "détail" Ca fait 32 ans elle se trompe peut être. C'est pas le seule Od que j'ai faite.
C'est la plus profonde. Heureusement X. dormait à la maison.
Ma sœur me fout des baffes, me réveille avec un gant imbibé d’eau, m’insulte  « pauvre con ! » - Je commence à émerger. Je me retrouve à genoux demi conscient, puis quelqu’un m’aide à me lever,  me faire marcher, boire du café, surtout ne pas me  ré-endormir  …Je suis dans le coltard … J’ai une envie de dormir  irrésistible. Qu’on me laisse roupiller et planer. J’ai le corps saturé d’heroine.
Ensuite le Samu m'emmene a l'hosto "ne pas le laisser se rendormir" là Ils ont bien capté.

Ou est passée "ma" dope?

Je me souviens très bien du lavage d’estomac brutal aux urgences dès mon, arrivée à l’hosto.  Ensuite  (c’est flou)  Perfusion et sans doute le sommeil.
Je me réveille dans une chambre d’hôpital. Il fait jour. Les souvenirs reviennent peu à peu. Je ne pense pas que j’ai frôlé la mort. Non. Je pense juste à la dope qu’ILS  m’ont dérobée. Voleurs -  Sadiques ! Trois grammes c’est un sale plan. Une injustice - Un dénouement «pathétique». Je ne suis pas accroché (mais je m’en tape ). Je vais la réclamer cette drogue. Aux toubibs, au personnel hospitalier, à ma sœur. Je demande a voir le médecin urgentiste.  C’est forcement lui qui me l’a piquée. Après tout elle est à moi cette dope. J’aurais du la planquer avant. Je suis encore à fond dans la drogue la frustration.  Les larmes coulent . Il me la faut cette dope. Je suis bien conscient que j’aurais pu y passer mais ça me semble très secondaire car sans héroïne quel intérêt ? J’ai une logique basique de toxicomane frustré.

Ne jamais se shooter seul.  Jamais
.

Surtout après un «break»                           
Sauf que là j’avais pas le choix. Si si j'avais .... Il m’aurait suffit d’attendre un jour ou deux.
Je me mords la langue de colère.
Ca fait toujours aussi mal.

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